Patrick Roger, artiste et artisan
- Livin' Saint-germain
- 20 mai
- 3 min de lecture
Chocolatier reconnu, Meilleur Ouvrier de France, Champion du Monde de chocolat, Patrick Roger est aussi sculpteur. Rencontre avec un créateur qui refuse les cases, dont la boutique de la rue de Paris à Saint-Germain-en-Laye est bien plus qu'une chocolaterie.

Les passants s'arrêtent. Surpris, parfois déroutés, toujours fascinés. Devant la boutique de Patrick Roger, au 2 rue de Paris, on ne parle pas seulement de chocolat : on regarde une œuvre. Une tortue gigantesque trône en vitrine, entourée d'endives, motif récurrent de l'année 2026, décliné au fil des saisons. L'art s'impose dans la rue, sans prévenir, sans discours.
« Avec nos chocolats, nous faisons entrer l'art dans le corps. »
Un atelier entre sculpture et cacao
C'est à Sceaux, dans une ancienne imprimerie reconvertie en atelier, que se déploie le QG créatif de Patrick Roger. Une vaste salle baignée de lumière, bordée de verrières, où cohabitent sculptures imposantes et effluves profondes de cacao. Des œuvres de plusieurs tonnes côtoient les plans de travail : certaines en chocolat, d'autres transposées en bronze, en acier ou en inox.
Le chef y travaille la matière, concentré, pendant que ses équipes préparent les chocolats destinés aux boutiques. Les murs sont recouverts de carbone, en écho à sa passion pour la moto. Ici, rien n'est décoratif : tout est pensé, expérimenté, poussé à l'extrême.

Un talent né de la matière, pas de l'académie
Autodidacte, issu du Perche, Patrick Roger n'a jamais suivi de parcours artistique académique. À son arrivée à Paris, il s'essaie à la pâtisserie avant d'être recommandé auprès d'un chocolatier. C'est là que naît son goût pour la sculpture.
« C'est probablement quelque chose d'inné. Je n'ai jamais pris de cours de dessin de ma vie », confie-t-il. Une intuition forgée dans la matière plutôt que dans les livres, rapidement reconnue par ses pairs.
Quand l'éphémère devient durable
Le chocolat est toujours le point de départ, quelle que soit la taille de l'œuvre. Même les sculptures les plus imposantes commencent sous forme chocolatée, fragiles, vivantes, soumises à la température.
« Au-delà de 26 degrés, le chocolat commence à fondre, les sculptures peuvent tomber. »
Une fois achevées, elles sont moulées puis transposées dans d'autres matériaux, au terme d'un processus mobilisant parfois plus d'une quinzaine de métiers. L'éphémère devient durable, mais l'origine reste immuable. La première pièce transposée en bronze, baptisée Harold, est devenue emblématique de cette démarche.
Son inspiration s'ancre dans une lecture très concrète du monde. Avec près de 400 fournisseurs issus des quatre coins du globe, Patrick Roger observe, selon ses propres mots, « toute la planète ». Ce qui change, ce qui émerge, ce qui disparaît : une vision globale qui nourrit autant ses sculptures que ses créations chocolatées.
Neuf boutiques, un seul univers
Aujourd'hui, Patrick Roger compte neuf boutiques à Paris, une à Sceaux, et depuis 2018, une implantation à Saint-Germain-en-Laye, l'une des rares adresses hors Paris intra-muros. « C'était évident de s'installer là-bas. »
Comme toutes les boutiques de la maison, celle de Saint-Germain est conçue par le chef lui-même : architecture brute, inox omniprésent, lignes radicales. Chaque lieu est unique, mais tous partagent une forte cohérence et fonctionnent comme de véritables espaces d'exposition.
Le sculpteur expose rarement en galerie. Ses boutiques sont ses lieux d'expression les plus vivants, ouverts sur la ville, sans discours ni élitisme.
Une expérience à savourer
« Bien manger, ça ne devrait pas être un luxe. Ça devrait être normal. »
Si l'univers peut impressionner, le chocolat de Patrick Roger est pensé comme une expérience accessible et généreuse. À Saint-Germain-en-Laye, Sabrina, responsable de l'enseigne, guide les visiteurs selon leurs envies : l'histoire du chef, la découverte des créations, ou les deux à la fois.
Et si l'on ne devait goûter qu'un seul chocolat pour comprendre Patrick Roger ? La réponse est immédiate : L'Instinct. Son tout premier chocolat, celui qui concentre son approche, sa vision et son rapport à la matière. Une création fondatrice qui fête cette année ses 40 ans.
Patrick Roger Saint-Germain-en-Laye 2 rue de Paris, 78100 Saint-Germain-en-Laye patrickroger.com
Article publié dans LIVIN' Saint-Germain N°1 — Printemps 2026

